Dimanche 12 octobre 2008
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L'adjoint à la culture veut tout : le 104, la Maison des métallos, mais aussi la
réforme des conservatoires et des ateliers municipaux. Dur de trouver une cohérence. Et surtout l'argent pour financer l'ensemble.
Veste en cuir noir, petit bonnet de laine, pulls zippés superposés : Christophe Girard est prêt à affronter la nuit qui s'annonce froide.
Samedi 4 octobre, l'adjoint à la culture rej oint le maire de Paris à la tour Saint Jacques pour une virée au coeur de la Nuit blanche. Le premier grimpe sur une
moto, le second dans sa voiture électrique. C'est parti : gare de l'Est, gare du Nord, puis gare Saint-Lazare pour l'un, gare de Lyon pour l'autre... Les deux compères s'amusent, s'étonnent, se
félicitent. Peu avant minuit, au cours du dîner au restaurant Le Bouledogue, rue Rambuteau, l'adjoint va tenter de convaincre le maire d'ajouter à son marathon un arrêt à Montparnasse où
l'artiste japonais Ryoji Ikeda a réussi à faire disparaître la tour si controversée. «Un vrai geste politique», s'emballe Girard. Le maire ne se laissera pas convaincre. «R doit préparer son
passage au grand jury de RTL dimanche, justifie l'acolyte. C'est un bon argument. Il apercevra l'installation en rentrant chez lui.» Sans rancune. Delanoë/Girard, ça roule. Le tandem fonctionne.
L'homme d'appareil et l'homme de réseaux. Le politique et le créatif. Ensemble, ils échafaudent depuis 2001 la politique culturelle de la capitale avec le même objectif : refaire de Paris une
ville lumière. Au risque d'en faire une ville paillettes.
Osés partis pris
Le fer de lance de cette politique ? De nouveaux équipements. De préférence spectaculaires, et au concept inédit. Comme ce 104, ex-pompes funèbres municipales
reconverties en ateliers d'artiste (19e) et inauguré en grande pompe samedi 11 octobre (lire ci-contre). Mais aussi la Gaîté-Lyrique (3e), dédiée aux arts numériques, la Maison des métallos
(11e), pour le spectacle vivant, les Trois Baudets (18e), pour la chanson française, et le Louxor (10e), pour le cinéma méditerranéen. Chaque fois, la proximité est mûrement réfléchie : à côté
des artistes avec un grand A, place est faite aux associations locales et parole est donnée aux riverains... Pas simple. Se dessinerait, en filigrane, une certaine idée de la culture.
Evénementielle, scintillante, séduisante. C'est en tout cas l'image qui colle à la peau du duo, depuis la création de la Nuit blanche en 2001, hymne à l'art éphémère, et succès populaire copié de
Rome à Madrid et de Riga à Mexico. Conclusion ? Une politique innovante et démocratique, saluent les uns. Flambeuse et peu lisible, dénoncent les autres.
Des coûts massue
Depuis toujours, le coût de ces initiatives est au coeur de la polémique. Réactivée à chaque Nuit blanche, elle a récemment trouvé un nouvel appui avec l'ouverture
du 104. Jean-Marie Horde, directeur du Théâtre de la Bastille qui bénéficie chaque année de 570 000 Euros de subventions municipales, a décidé de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.
Dans l'édito du journal de présentation de la saison 2008-2009, il écrit : «Beaucoup d'initiatives nouvelles et coûteuses ont été prises ces dernières années par la Ville de Paris. Peut-être
sont-elles légitimes. Ce qui l'est moins, c'est de créer des établissements nouveaux aux dépens des anciens dont beaucoup ont fait leurs preuves.» Vrai que les sommes allouées à l'achat et à la
construction des futurs équipements sont vertigineuses. Pour le 104, plus de 100 millions d'euros de travaux. Soit plus de trois conservatoires. Pour la Gaité-Lyrique, près de 80 millions. Pour
les Trois Baudets, 7,5 millions d'euros. Le seul rachat du Louxor a coûté 1,3 million d'euros. Et ce n'est pas fini. «Pour l'investissement, on trouve encore les budgets sur différents exercices,
prévient un maire d'arrondissement PS. Mais il faut ensuite trouver à vie les budgets de fonctionnement.» Compter 11 millions d'euros par an pour le seul 104, dont 8 à la charge de la Ville. Près
de 10 millions par an pour la Gaité-Lyrique, dont la moitié pour la Ville. A la Maison des métallos, unique grand chantier de l'ère Delanoë, inaugurée lors de la première mandature, la Ville
octroie déjà 2,2 millions d'euros de subventions par an. «Largement de quoi améliorer la situation des théâtres subventionnés !», peste un directeur.
Des perdants ?
Ces énormes machines tourneront-elles au détriment du reste ? Christophe Girard s'en défend : «La Ville ne diminuera jamais les budgets des autres équipements
culturels», promet-il. Magicien ? Non. La Mairie rappelle que le budget consacré à la culture a presque doublé entre 2001 et 2007. Hors salaires, il est passé de 135 millions d'euros à 248
millions. Certes, le gonflement s'explique par l'explosion des investissements. Mais, assure l'adjoint, «la Ville n'est pas tout à fait idiote. On n'a pas investi un milliard et 150 millions
d'euros juste pour pouvoir dire qu'on a construit des nouveaux lieux ! Il y aura de quoi les faire fonctionner.» Comment ? En faisant appel au mécénat. Et puis «il n'est pas scandaleux de
chercher à faire quelques économies», admet-il. Au rang des coupes budgétaires déjà programmées, citons la fermeture du Pavillon des Arts, petit musée du Forum des Halles; la suppression de la
subvention à l'association Paris Art et Education, dont l'utilité n'était «pas vitale»; l'interruption prochaine de la plupart des concours internationaux de la Ville, un peu poussiéreux :
concours Jean-Pierre Rampai (flûte), Rostropovitch (violoncelle)... Sept au total. «Nous nous concentrons sur le concours de lutherie Etienne Vatelot... Parce que l'homme est encore vivant. Et je
rêve de créer un grand prix pour un artiste immense qui viendrait en résidence à Paris pendant six mois ou un an.»
Vous avez dit sexy...
Des fois qu'on serait tenté de l'accuser de trop aimer le strass, l'adjoint anticipe : «Ce qui me rend un peu malheureux, c'est qu'on oublie que nous avons aussi
fait des choses de fond, structurantes, moins sexy.» Sa «plus grande fierté» : la réforme des conservatoires engagée en 2001, revendique-t-il. Autrefois confiés à des associations, ils ont tous
été réintégrés dans le giron municipal. Le but : harmoniser l'offre, les tarifs, et élargir le public. Etape suivante : l'ouverture promise de 3 000 places et de trois nouveaux conservatoires. Du
fond encore, avec la réorientation des ateliers financés par la Ville sur des activités plus strictement artistiques. Sculpture, tapisserie... plutôt qu'oenologie. Le 5 décembre, le Forum des
Images rénové rouvrira ses portes aux Halles. A côté, en lieu et place d'une moribonde Maison des associations, une nouvelle bibliothèque baptisée François-Truffaut et dédiée au cinéma. Cinq
mille DVD à emprunter, 9 000 à terme. La Ville a également augmenté de 30% le nombre d'ateliers-logements pour les artistes. Enfin, elle s'est attelée au chantier des bibliothèques. Une
médiathèque (programmée sous Tiberi) a vu le jour rue d'Alleray dans le 15e. Une autre ouvrira en janvier rue de Bagno- let dans le 20e. Elles devraient toutes, à terme, accueillir le public le
dimanche. Pas gagné : dans le 15e, le personnel résiste (lire page 16). «Ce sera un bras de fer mais je ne céderai pas, prévient Girard. R vaut mieux des médiathèques ouvertes le dimanche que des
grandes surfaces !»
Chère polémique
Toute cette bonne volonté ne calme pas la colère qui bruisse dans les différents microcosmes. A commencer par les six théâtres municipaux toujours fauchés, et
maintenant menacés d'un changement de registre. «Certains pourraient être transformés en lieux d'accueil et de résidence pour artistes, confirme l'adjoint. Et d'autres pourraient avoir plus,
comme le Théâtre 13 ou Paris-Villette.» A suivre. Autres fronts : pourquoi les musées de la Ville n'ont-ils pas encore de site internet ? Faut-il continuer à financer automatiquement d'une année
sur l'autre des navires amiraux comme le Théâtre du Châtelet (plus de 18 millions d'euros de subvention en 2008) ? Paris doit-il encore aider deux gros orchestres, l'Orchestre de Paris et
l'Ensemble orchestral de Paris ? Comment expliquer les incroyables retards systématiquement pris par chacun des chantiers de la première mandature (deux ans pour le 104, autant pour la
Gaîté-Lyrique, quatre ans pour le Louxor) ? Enfin, que répondra la Ville aux associations qui ne peuvent s'offrir la location des très chers espaces du 104 ? «S'il y a de la polémique, tant mieux
!, se réjouit Christophe Girard. Le consensus est contraire à la culture. Et la controverse permettra d'apporter des améliorations !» Une manière bien à lui de retourner les situations à son
avantage. Et une des clés, sans doute, de la confiance que lui accorde le maire de Paris depuis huit ans.
Morgane Bertrand
Paris Obs
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