15 juil. 2009
Ecouter aussi :Orelsan sur RTL : "Une table ronde des rappeurs, c'est n'importe quoi"![]()
Très crus, il y a des injures, il y a des menaces à l'encontre d'une jeune femme qui a trompé son petit ami, on ne va pas revenir sur les paroles de la chanson, on va juste rappeler que le titre
c'est "sale pute", et ça nous donne juste une idée de la tonalité du morceau.
Revenons sur le tour politique qu'a pris cette affaire. A un bout de la chaîne, nous avons Ségolène Royal, présidente de la région Poitou Charentes, et à ce titre elle subventionne le festival
des Francofolies, et donc elle est soupçonnée, sous la pression des associations de femmes, d'être à l'origine de la déprogrammation de ce chanteur au Francofolies. Alors Ségolène Royal est-elle
un censeur ? Est-ce que c'est elle la méchante dans cette affaire? Eh bien, je ne le crois pas.
Elle n'est pas toute seule Ségolène Royal à penser que les paroles de cette chanson dépassent les bornes, il y a aussi, on ne les a pas beaucoup entendus, Dominique Bussereau par exemple, le
ministre des Transports, Christine Albanel l'ancienne ministre de la Culture, il y a Marie-George Buffet, Corinne Lepage, et même Christophe Girard, l'adjoint de Bertrand Delanoë. Alors Ségolène
Royal donc d'un côté, et à l'autre bout de la chaîne, il y a ceux qui jugent qu'il est intolérable de censurer, et là, cela va du porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre, à Jack Lang en passant
par Frédéric Mitterrand.
Frédéric Mitterrand, le nouveau ministre de la Culture, qui lui nous dit que Rimbaud a écrit des choses bien plus violentes, mais c'est vrai que Rimbaud était un rebelle pour son époque. C'est
vrai que le Dormeur du Val, vous vous en souvenez, vous l'avez certainement appris en classe, est un poème violent et cruel. Mais au moins, pardon c'est poétique.
Pour couper court à cette polémique, que va faire le gouvernement ?
Au gouvernement et à l'Elysée, on n'est pas à un paradoxe près dans cette affaire. Vous prenez d'abord Fadela Amara, qui annonce donc une belle table ronde avec des rappeurs modérés, et qui
plaide pour la liberté d'expression. Fadela Amara qui ne trouve rien à redire à ces paroles misogynes, Fadela Amara l'ancienne présidente de "ni putes ni soumises", pardon, il y a quelque chose
qui ne tourne pas rond pour moi.
Et puisque l'on parle de paradoxe, on a un tout petit peu la mémoire courte au gouvernement et à l'Elysée : Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, avait fait un procès à des rappeurs qui dans
une chanson s'en étaient pris à la police. C'est l'affaire du rappeur Hamé du groupe "La Rumeur", c'était en 2002, 6 ans de procédure, 3 relaxes pour le rappeur. Alors comme ça, on est passé du
procès à la table ronde, Monsieur le Président ? Eh bien, on voit bien que les vacances approchent pour le gouvernement et pour Nicolas Sarkozy.
Oui mais c'est sans doute parce qu'il est difficile, plus globalement, de juger la liberté artistique, de la définir ?
Oui, vous avez raison, c'est bien cela le problème. C'est le problème de la création. Qu'est-ce que l'on met dans la création? Quelle limite on impose? Et si on dit qu'il y a une culture rap
comme il y a une culture rock, alors faut-il simplement la laisser vivre cette culture, l'accepter telle qu'elle est ? Je n'ai pas les réponses à ces questions. Mais pour terminer, je voudrais
juste préciser que je suis allée fouiller dans les morceaux d'Orelsan, j'étais prête à être un peu indulgente avec lui, eh bien non. Il y a d'autres morceaux qui pourraient faire polémique dans
ses albums. Cela ne s'arrête pas à une seule chanson. Mais il paraît que c'est comme ça que naît le rap, à partir de paroles et de sentiments très violents. Alors les connaisseurs m'excuseront,
mais dans le rap, moi, ce que je préfère, c'est le son, le rythme, pas les paroles que je trouve franchement affligeantes.
Auteur : Alba Ventura
Ah d'accord, donc - et au-delà de votre "juste" redondance - quand vous lisez le titre « Président de la République », vous revoyez les révolutionnaires de 1789 prôner l'abolition des privilèges ?
C'est magnifique, je vous aime. Et vive la constitution ainsi donc que la liberté d'expression. Vive aussi la remise en considération des contextes linguistiques au-delà des termes ne choquant que les plus faibles d'esprit.