Il y a peu de suspense dans la course aux prix littéraires cette année. Toute la blogosphère martelait depuis deux semaines qu'aucun des deux grands favoris ne seraient déçus. Jusqu'à la dernière minute, les messages sur Twitter répétaient en boucle les noms des deux heureux lauréats. La chose était entendue, elle est désormais confirmée: lundi, le Goncourt 2009 a été remis à Marie N'Diaye pour ses Trois femmes puissantes. Frédéric Beigbeder a, lui, hérité du prix Renaudot pour son Roman français.
Un Goncourt féministe
Pour ses deux stars littéraires, déjà primés dans les années 2000, c'est la consécration. Marie N'Diaye était de loin la grande favorite de l'automne. Le Goncourt lui a été décerné à une quasi unanimité (5 voix contre 3), et ce dès le premier tour. Première femme à recevoir le plus prestigieux des prix depuis 1998, Marie N'Diaye enchaîne depuis 23 ans romans et recueils de nouvelles. Après avoir publié à l'âge de 18 ans un premier ouvrage remarqué, Quant au riche avenir (1985), elle abandonne rapidement ses études pour se consacrer à l'écriture, sous la houlette de Jérôme Lindon des Éditions de Minuit. Elle y publiera ses premiers succès: La femme changée en bûche (1989), La sorcière (1996)…
Romancière atypique, féministe et engagée, elle tente de se renouveler à chaque nouveau manuscrit, changeant de thématique comme de genre. Les années 2000 sont, pour elle, le temps de la reconnaissance puis de la consécration. Prix Femina en 2001 pour Rosie Carpe, une des ses pièces de théâtre, Papa doit manger, rentre au répertoire de la Comédie française en 2003. Cause ou conséquence du succès, Marie N'Diaye passe chez Gallimard, où elle publie Trois femmes puissantes. Encensé par la critique, couronné par un succès public, ce triple récit retrace le destin d'héroïnes résistant pour préserver leur dignité, entre la France et l'Afrique. En substance, une critique à peine voilée des notions d'identité nationale, autour de laquelle Eric Besson, ministre de l'Immigration, veut relancer le débat…
Un trublion récompensé
Certains voient dans le prix Renaudot 2009 un lot de consolation pour Frédéric Beigbeder, vivement écarté de la sélection des Goncourt. Trublion de l'édition française, l'auteur de 99 francs (sorti en 2000) reste celui qui a crée le prix de Flore, dénonçant la mécanique des prix littéraires historiques. Mais ce pilier de la critique n'en reste pas moins l'un des auteurs les plus vendeurs des années 2000. Outre le succès de 99 francs, vendu à 400 000 exemplaires et adapté au cinéma, il avait créé le buzz en 2003 avec son Windows on the World. Ce dernier roman, favori au Goncourt, avait finalement reçu le prix Interallié.
Le Renaudot prime cette année Un roman français (Grasset), récit autobiographique de Beigbeder. L'ex-jet-setter livre le récit sensible de son enfance béarnaise. Né dans une famille de la grande bourgeoisie du Sud-Ouest de la France, il retourne sur les plages de son enfance, raconte sa rivalité avec son frère Charles, devenu l'un des dirigeants du Medef, et le divorce de ses parents. Un récit qui se veut être la nécrologie d'une bourgeoisie provinciale sans avenir.
Deux autres prix ont été décernés par le jury des Renaudot: celui du meilleur essai, décerné à Daniel Cordier pour Alias Caracalla (Gallimard) et celui, nouveau, du livre de poche, attribué à Hubert Haddad pour Palestine.



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